lundi 13 janvier 2014

Nouvelle : Un instant hors du temps


Nuit, Egyptian Goddess of the Sky

 Un instant hors du temps

Mon envie d’évasion augmentait de jour en jour. Mes économies étaient pourtant bien maigres et je ne pouvais m'offrir aucun luxe superflu : grâce à mon salaire, je me nourrissais, me logeais, survivais dans un monde un peu gris.

Des gouttelettes de pluies ruisselaient sur le velux. Je soupirais d’ennui. D’un pas décidé, je revêtis mon imperméable, attrapais mon parapluie et me dirigeais dehors. J’errais au hasard, admirais l’atelier d’un ébéniste qui s’échinait sur un guéridon dont le pied était cassé. Je poursuivis ma promenade malgré le temps qui me semblait de moins en moins clément. Je préférais néanmoins respirer au grand air, plutôt que me morfondre dans mon humble studio de 24 mètres carrés. De lourds nuages noirs s'amoncelaient à l’horizon. Des éclairs zébraient ce ciel chargé et bientôt un véritable feu d’artifice illumina la ville.

Je me faufilais en toute hâte dans la première boutique, secouais mon parapluie et pénétrais dans cette librairie au moment où le tonnerre grondait. La clochette tinta quand je refermais précipitamment la porte de verre. Je me retournai et poussa un cri en apercevant un homme de haute stature qui se tenait devant moi.

Dans la lumière tamisée, il était... très impressionnant. Un frisson me parcourût l’échine et je resserrai frileusement mon manteau.
— Bonjour ! me scanda l’inconnu, en souriant.
Je me tournais vers la rue et montrait du doigt la pluie diluvienne :
— Bonjour. Je… Je me suis fait surprendre par l’orage.
Il me rassura et m'adressa un clin d’œil :
— Ne vous inquiétez pas, vous êtes la bienvenue ! Je vous présente mon royaume, m'expliqua-t-il en esquissant un mouvement circulaire avec son bras. Désirez-vous un chocolat chaud ? Vous semblez avoir froid ?
Je rendais son sourire à ce libraire un peu fantasque, mais finalement très séduisant et accepta. Il s’excusa et partit dans l’arrière-boutique le préparer. Au dernier moment, il se retourna :
— Aimez-vous les livres ?
Je le fixais, étonnée de sa question :
— Oui ! Ce sont de précieux amis, avouais-je en soupirant.
Il montra les nombreuses étagères :
— Je vous suggère dans ce cas de faire le tour.
Il s’éclipsa enfin et je m'installais dans cet endroit charmant. Ma main effleura les volumes, mes yeux caressaient les images, mon odorat captura les parfums… Je me sentais délicieusement bien. Je m’emparais d’un roman dont la première de couverture était un pur chef-d’œuvre à lui seul. Les écritures dorées semblaient s’animer. Ma trouvaille me rendait fébrile et je m’asseyais avant de l’ouvrir, sur la moquette, comme lorsque j’étais enfant.

Les dessins s’extirpaient et sous mon regard ébahi je me retrouvais dans un palais grandiose de l’Égypte antique. Sur les murs étaient gravés beaucoup de hiéroglyphes. Ce pays m’avait toujours fascinée et je reconnaissais facilement la représentation de quelques Dieux tels qu’Osiris et Râ. Je devinais, un peu plus loin, un pharaon de profil.

Je pénétrais dans une immense salle. Deux gardes étaient postés de chaque côté d'une arche, mais je comprenais bien vite qu'uniquement mon esprit se situait en ce lieu et qu'ils ne pouvaient me voir.
Une Reine d’une grande majesté se tenait solennellement sur un trône entièrement ciselé. Cléopâtre ! Elle se leva, et une dizaine de femmes toutes aussi splendides les unes que les autres l’accompagnèrent sans tarder, prêtes à exécuter les moindres de ses requêtes. Elle se dirigea vers une pièce d’eau et ses fidèles servantes l’aidèrent à se vêtir. Cléopâtre se maquilla et mit en valeur son magnifique visage.

C’est sur cette dernière représentation de la Reine que je m'évaporais et réintégrais mon « monde ». Ce séjour là-bas, même s’il n’était pas réel m’avait pour le moins ébranlée. Je me relevais doucement. À ce moment, le libraire arriva avec son chocolat fumant.

Il regarda l'ouvrage qui je tenais toujours à la main et me confia avec un clin d’œil complice :
— Les écrits nous emmènent parfois bien loin et nous sortent de la grisaille.
Puis il ajouta en se tournant vers la vitrine du magasin :
— L’orage est parti, il fait beau à présent !
Et en effet, le soleil brillait comme dans le livre. Il me tendit la tasse en souriant et je la bus d'un air songeur...

Dyane

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