samedi 13 octobre 2012

Sarah


Voici une nouvelle que j'avais écrit il y a bien longtemps et que j'ai retravaillé:
Image prise ici :

http://gezabelle01.centerblog.net/rub-les-femmes--4.html?ii=1#



Sarah


Elle s’appelle Sarah et vit dans la rue. C’est une « clocharde » tout à fait adorable, un sourire aux lèvres et du rêve plein la tête. Ses traits si fins sont las de cette vie trop austère. Elle était certes d’une grande beauté, mais les épreuves et les années ont froissé cette peau de fée. Elle resserre le col d'un manteau élimé et frissonne de froid. Elle se tourne vers la mer, envoûtante et magnifique, cette immensité lui procure tant de sérénité et de plaisir. Parfois azur, parfois ténébreuse, mais toujours fascinante. Des souvenirs affleurent et remontent doucement...

Elle se remémore ses années où elle brillait dans la société. Certains la qualifiaient d’intellectuelle, la lecture pour seul horizon, comme un appel vers le savoir et la connaissance. Un jour, elle a cru trouver l’amour… Un merveilleux célibataire, passionné de danse et de musique. Un univers jusqu’alors inconnu pour elle. Il jouait de la harpe et dansait le Habanera comme personne. Le jour de son anniversaire, il lui avait offert comme symbole de son amour, un coupé de toute beauté. Elle se rappelle avec quelle aisance elle la conduisait. Avant, elle aimait ce luxe, ce besoin de posséder. Elle n’avait pas compris que tout cela était superficiel et même la passion de cet homme était une arnaque pour mieux la séduire. Cet horrible manipulateur était sournois et cherchait à obtenir la majorité de ses actions dans la société. À l’époque, elle était juste une esclave de l'amour qui tentait comme elle le pouvait d’attirer son attention. Elle désirait être cajolée, et usait de tout ce qu'elle avait en sa possession pour y parvenir. Elle se souvient comme si c’était hier comment cela a fini… Ce soir-là elle avait gainé ses gambettes de jolis bas pour le séduire, revêtue une magnifique robe en soie et accrochée son pendentif en tourmaline où un bel hippocampe s’y enroulait. Une touche de parfum et elle se dirigea vers lui. Il feuilletait une bande dessinée. Il releva à peine la tête quand elle s'approcha. Elle rit de son air de petit garçon passionné par sa lecture, ce qui provoqua sa colère. Elle ne l’avait jamais vu de si méchante humeur et son absence d’humour la cloua sur place. Le ton monta rapidement et elle ouvrit les yeux pour la première fois. Tel un souffleur sur une scène de théâtre, il lui permit de donner des répliques qu’elle aurait dû prononcer il y a bien longtemps. 
L’amour est aveugle dit on, le sien oui en tout cas. Elle partit marcher toute chamboulée, pour tout analyser : sa passion était un simulacre…

Il avait profité de son innocence, mais avec le recul elle savait qu’il n’était pas le seul. Elle lui offrit ce qu’il désirait plus que tout : son argent. Elle abandonna tout : le luxe, sa fierté, ses passions et retourna dans sa chère Bretagne. Sa décision était irréversible, elle ne voulait plus avoir à faire avec la société et s’en exclut volontairement. L'hypocrisie l'avait détruite, son cœur était en mille morceaux. Il lui fallut beaucoup d'années pour se reconstruire...

Elle revient doucement aux présents, des hommes qui sortent d’un café et titubent. Elle les observe tandis qu’ils s’avancent vers elle. Quel dommage de passer sa vie à boire pour se soustraire à je ne sais quel fantôme ! Elle a compris depuis longtemps que la douleur doit s'affronter plutôt que de chercher à l'enfouir, car celle-ci afflue avec encore plus de force et de vigueur !Un sourire fugitif effleure ses lèvres émaciées, la douceur de son regard reflète toute la sagesse qu’elle a accumulée au cours de ses années de solitude. Les énergumènes qui s’approchent d’elle, semblent vouloir la tourmenter et la couvrent de mots pleins d’animalité. Son émotion est palpable, elle ne demande rien à personne et désire juste passer son chemin. Elle s'écarte pour éviter d’entendre les calomnies qu’ils profèrent à son sujet. Les émanations d’alcool l’écœurent et elle baisse les yeux pour ne pas provoquer ses potomanes.

Un couple la frôle avec sa progéniture, mais fuit le regard de la malheureuse qui lance un appel désespéré pour se sortir de cette mauvaise passe. Elle perçoit la joie des enfants à l’arrivée de Saint-Nicolas qui déambule dans les rues du centre-ville. 

Un des deux hommes la bouscule et il rit quand elle trébuche. L’autre lui fait un croche-pied et elle sent une vive douleur irradier son être. Sa tête a heurté le sol et elle perd connaissance. La souffrance cesse progressivement et laisse place à une sorte de torpeur très agréable, une immense lumière l’accueille et un atoll de verdure se déroule sous ses pieds. Un jeune homme lui tend la main et lui murmure des paroles rassurantes. Elle regarde son corps étendu à terre et les badauds qui se précipitent pour voir cette découverte macabre. Une douce chaleur irradie de la paume qui se presse contre la sienne. Son nouvel ami lui fait comprendre que désormais elle n’est plus seule. Elle suit, confiante, ce bel inconnu, dont la générosité transparaît dans ses traits si purs, vers un avenir qui ne peut être que meilleur, vers un monde qui ne peut-être que plus tendre…

Dyane

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