mardi 25 janvier 2011

Petite nouvelle : "Miroir..."



Je suis âgée de vingt ans et mes études en médecine débutent à peine. Il faut un commencement à tout me ressasse mon frère ainé. Toute ma famille excelle dans l’économie et les sciences et je ne dois pas y déroger. J’engloutis quotidiennement des termes barbares tels que « encoprophagie, pathologie, xénophobie » n’ont plus de secret pour moi. Ma mère m’encourage à suivre sa carrière et pour ne pas la décevoir j’obtempère. Mon père dont l’entreprise est en pleine restructuration suit de loin mes études.  

Dans ma tête se joue pourtant une symphonie où le chef d’orchestre à la fière du  bruit. Un rêve se dessine lentement…

Les cahiers et les livres s’entassent et s’empilent comme une matriochkas, ensemble ils forment un immense grimoire. J’effleure à peine le précieux ouvrage, il s’entrouvre et m’aspire. Un noir intense m’accueille. Je ne suis pas nyctalope et c’est à tâtons que j’avance dans cette pénombre inquiétante. J’avance lentement, une source lumineuse m’attire malgré moi. Je me précipite et arrive enfin face à une immense porte. Des armoiries sont ciselées, un immense rapace défends des écuries les ailes déployées tandis que deux étalons se cabrent.

La porte s’ouvre à présent sur deux immenses miroirs. Sur l’un d’eux, une jeune fille de dos porte un catogan qui rassemble ses cheveux en chignon. Une robe cintrée de couleur noire met en valeur sa silhouette juvénile. Elle se retourne et je constate choquée qu’elle me ressemble énormément. Des cernes assombrissent son visage trop pâle et trop sévère. Elle revêt un manteau aux couleurs hivernales. Elle esquisse un sourire où deux crocs impressionnant jaillissent à présent.

Le miroir d’en face reflète mon image. Elle danse gracieusement, ses vêtements sont colorés. Son esprit est ailleurs et un sourire rêveur lui donne un air touchant. Comme une enfant, elle porte à sa bouche un berlingot.

L’autre la dévore du regard. Dans ses yeux une jalousie intense transparait dans ses traits. Elle s’approche innocemment de sa victime. Ses pas sont de velours. Quand elle se penche pour lui murmurer des mots à l’oreille, son attitude change. Elle se jette violemment sur son cou et dans une frénésie, elle la vide de son sang. Elle ôte ainsi la vie à cette douce amie qui s’écroule sans un bruit.

Saperlipopette ! Dire que cette scène ne m’a pas marqué est un euphémisme. Je recule effrayée, mais ne cesse de contempler la scène. Quelques gouttes de sang s’écoulent lentement des lèvres carminées. Elle essuie négligemment d’un revers de main et le tissu soyeux absorbe comme un buvard le précieux liquide.

Je m’éveille alors en nage. Mes livres sont là, ce n’était qu’un cauchemar. Je souffle rassurée, pourtant une angoisse m’étreint. Une odeur de clou de girofle flotte dans l’air et sur ma page restée vierge s’impriment ces quelques mots :

Dans la vie il faut oser ou bien se perdre
Je ne suis pas superstitieuse, mais je ne prends pas à la légère mon rêve et ces quelques mots dont la couleur sang me fait frissonner.

C’est ce jour là que je me suis penché sur mon avenir. Je ne suis pas devenue médecin, mais comédienne. J’ai fait rêver, j’ai fait pleurer, beaucoup rire aussi. Me voici à la fin de ma vie, j’ai osé et j’ai gagné !


Dyane

2 commentaires:

  1. Presque un miroir de l'âme avec ses deux couleurs , le noir et le blanc
    Je vous souhaite une très bonne soirée et un très bon weekend sur les terres d'Armorique
    Amicalement
    Tony Yves

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  2. Merci Infiniment, je vous souhaite également un excellent week-end :)

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