vendredi 26 novembre 2010

Petite nouvelle : "Pour la vie"


Chapitre 1 

Je m’appelle Calinio, je suis dans le sud de la France dans une citée. Ma vie est entièrement tournée vers mon métier qui me passionne et mes potes. Dans notre citée, tu ne sors pas seul au risque de te faire agresser. J’ai déjà 25 ans, mais pas de copine. Le désert côté sentimental. Oh bien sûr, j’ai bien des conquêtes, mais rien de sérieux. Alors que je suis accoudé sur le rebord d’un muret, je regarde mes potes faire les guignols avec les passants. Je me tourne vers la mer qui reflète un merveilleux soleil couchant.
-    Tu viens on va boire un coup !
Je me tourne vers eux et soupire. Non ce soir je n’ai pas envie de faire la fête.
-    Écoutez, allez-y sans moi je vais rentrer. Je suis naze…
Mon meilleur ami Tino vient me taper dans le dos.
-    Allez viens ! On va se marrer.
-    Non… Amusez-vous sans moi. Et sans plus de commentaire je rentre chez moi.

Comment leur dire… J’aimerais tant trouver une femme chez moi le soir. Lorsque je rentrerais, je me précipiterais pour la retrouver et ne me lasserais pas de la voir sourire et illuminer mon existence.
Seulement… draguer entre pote c’est quasiment impossible.

Je claque la porte de mon appartement et me dirige vers la douche pour essayer de chasser ces idées noires, puis sort dans le même état et me poste à la fenêtre en soupirant. La lune miroite dans le ciel étoilé. Nous sommes au mois d’août et le temps est doux. Où sont les contes de mon enfance et les histoires débiles qui te font rêver ? Si on devait m’exaucer un vœu ce serait de trouver l’âme sœur et de passer ma vie avec elle. Je m’étends sur mon lit, me tourne et m’endors.

Chapitre 2

Un bruit feutré me réveille. Il est si doux que je me demande si je n’ai pas rêvé. J’entrouvre les yeux et aperçoit une femme penchée au-dessus de moi. Je me lève d’un bond et me retrouve sur mes pieds… Tout me semble immense dans ma chambre. Le lit est quasiment à ma hauteur. Affolé je regarde cette f… fée !
-    Bon sang, mais que m’avez-vous fait dit-je en me précipitant vers le miroir de mon armoire. Là, j’aperçois un tout petit bonhomme. C’est moi à mon Dieu, j’ai à peine quatre ans !
-    Calinio, mon enfant, dit elle en me touchant le front. Souviens-toi !
Une douce quiétude m’envahit et je me sens remonter le temps. Elle me tend la main et je la prends, sans aucune crainte désormais. Nous enjambons la fenêtre et nous envolons vers les quartiers huppés de ma grande ville. Puis nous posons sur un arbre d’une grande propriété. Une petite fille joue tranquillement avec des poupées. Un homme arrive et lui dit qu’ils partent en voyage. Cette dernière pleure et veut qu’ils restent avec eux. Sa mère se fâche et lui demande d’être raisonnable. Et je les vois s’éloigner. La fée me fait descendre de l’arbre et je m’approche.
-    Bonjour. Dis-je doucement.
-    Qui es-tu dit-elle avec des sanglots dans la voix.
-    Ton ami si tu veux. Dis-je avec un sourire.
Elle sourit à son tour et nous jouons tous les deux. Elle me raconte que son papa et sa maman partent tout le temps… Qu’ils n’ont pas le temps d’être avec elle… Et je la serre contre moi. Elle sent la vanille et elle s’appelle Manon.

Chapitre 3

Je me réveille au matin et me précipite vers la glace. Je suis adulte et malgré moi je suis déçu. Quel merveilleux rêve. Je sifflote et me prépare pour aller au boulot. La journée passe trop lentement à mon goût. Je n’ai qu’une idée en tête retrouver mon lit et recommencer à rêver de cette jeune et douce Manon. Me retrouver gamin, sans idées acides dans la tête. Mon portable sonne c’est Tino qui me demande de venir boire un coup. Je lui envoie un SMS « trop occupé ce soir » et éteins mon portable. Je mange devant la télé et me couche rapidement. Mais je n’ai pas l’habitude de me coucher aussi tôt et le sommeil ne vient pas. Je me relève et allume l’ordinateur. Mais une brusque fatigue m’envahit et je m’écroule sur le clavier sans même m’en rendre compte.

A nouveau, je m’éveille, mais je suis plus grand. Je lève la tête et aperçois la fée toujours aussi belle et auréolée de lumière.
- J’ai quel âge ?
Elle sourit :
-    Huit-ans chéri.
-    Pourquoi ?
Mais avant que je ne cesse ma phrase elle touche mon front avec la même formule :
-    Souviens-toi
Et je me retrouve mentalement à l’âge de mes huit ans insouciant et heureux. Elle me tend la main et nous nous envolons vers la propriété de Manon. Cette fois-ci elle est dans sa chambre et pleure à gros sanglot. Je me précipite à ses côtés et la prends dans mes bras.
-    Calinio c’est toi ? Dis la petite fille. Pourquoi n’es tu pas revenu ? Tu m’as abandonnée… Comme tout le monde…
-    Non… Je ne fais pas ce que je veux, dis-je. Je ne sais même pas pourquoi je suis là !
A son air attristé je comprends que je n’aurais pas dû dire cela.
-    Je suis heureux d’être là.
Je m’assoie auprès d’elle et lui raconte des histoires drôles. Elle finit par rire. Je me rends compte que sa gaité me rend heureux. Ses yeux bleus sont merveilleux. J’aime tout simplement sa présence.
-    Je voudrais que ce ne soit pas un rêve mais la réalité. Dis-je en soupirant.
-    Tiens, prends cela Calinio. Elle retire la chaine autour de son cou et me l’attache autour du mien avec ce merveilleux sourire qui me touche tant. Comme cela nous seront toujours ensemble !

Je prends au creux de ma main le merveilleux petit ange qui pend désormais à mon cou et ôte à mon tour la chaine qui m’appartient. A mon tour, je l’accroche à son cou. Cette chaine appartenait à mon père qui est décédé. Elle a beaucoup de valeur à mes yeux, mais je sais qu’il serait heureux de mon geste.
-    Tu es ma fiancée désormais dis-je en l’embrassant sur la joue.
Elle dépose sa main dans la mienne et acquiesce en souriant.

Chapitre 4 


Le radio réveil hurle dans la pièce. Je me relève, mon clavier bip de colère. Comment ai-je pu m’endormir dessus ? Je fourre ma main dans mes cheveux et me lève pour me raser. Devant la glace je grimace. Les touches du clavier sont imprimées sur ma joue. Et, soudain, mon cœur cesse de battre. A mon cou, un petit ange trône en bel place. Je m’asperge le visage pour m’assurer que je ne deviens pas fou. Mais il est toujours là !

Je mange et me précipite dehors. Avec tout ça j’ai oublié mon boulot ! Je cours et arrive à temps. Le reste de la journée je suis un peu ailleurs ce qui étonne tout le monde.

Ma petite aventure se répète jours après jours. Mes amis s’inquiètent de mon comportement, je les rassure, mais ma hâte de revoir Manon s’amplifie de jour en jour. A chaque rencontre Manon et moi sommes un peu plus dépendant l’un de l’autre. Sa solitude me pèse. Comment peut-on laisser un enfant seul ? C’est une petite fille adorable. Enfin la dernière fois que je l’ai vu elle avait tout comme moi 16 ans et ma foi se transformait en jolie jeune fille avec ce regard perdu et un peu triste qui me touche tant.

Chapitre 5 

J’ai accepté de sortir pour rassurer Tino qui me regarde comme un extra terrestre. Nous marchons près de la mer. Les mecs font les fous et je souris à leurs pitreries. Tino me donne un coup de coude dans les côtes.
-    Regarde, la fille du banquier. Ah celle là elle est fière. Tout ça parce que maman et papa sont riches à millions !
Je tourne la tête amusé et m’arrête bouche bée. Souviens-toi ! Quel idiot, bien sûr que je la connais ! Inaccessible Manon ! Le monde s’écroule autour de moi. Manon est d’un autre milieu que le mien.
-    Ben t’en fais une tête on dirait que t’as vu un fantôme s’exclame Tino.
-    Un fantôme, oui c’est ça Tino un fantôme dis-je en baissant la tête. Bon je rentre je suis crevé.
Et sans plus un mot je me précipite chez moi puis m’adosse à la porte. C’était trop beau pour être vrai. Comme un robot je me dirige vers le frigo et m’ouvre une bière. Puis je me plonge dans un film en espérant oublier…
-    Bonjour Calinio
Je me réveille en sursaut et regarde la fée.
-    Vas-t-en ! Tu ne m’as pas fait assez souffrir ?
-    Calinio vous êtes fait l’un pour l’autre… Je n’ai pas le temps de t’expliquer…
-    Non et je n’ai pas envie d’écouter… Allez-vous-en ! Dis-je en faisant un geste de la main vers la fenêtre.
-    Non écoute… Elle t’a vu tourner les talons cet après-midi. Elle…
-    Grand bien lui fasse ! J’en m’en fiche ! Vous ne comprenez pas qu’on n’est pas du même monde !
-    Calinio, elle est au bord de la falaise, elle va faire une bêtise ! Toi seul peux la sauver !
Ses paroles me font l’effet d’une douche et je me redresse brusquement.
-    Où ? Où est-elle ?
-    Viens…

Elle me tend la main comme à chaque fois et nous nous retrouvons sous une pluie battante près de la falaise. J’essuie rageusement les gouttes qui m’empêchent de la voir. Puis, soudain, je l’aperçois fragile, tremblante. Elle s’agrippe contre la paroi et regarde en bas, là ou la mer s’écrase contre les rochers.
-    Manon, je crie son prénom et m’approche d’elle doucement. Ne fais pas cela…
Elle sursaute en m’entendant :
-    Tu m’as ignoré… Toi mon ami…
-    Non… Je … Tu ne comprends pas…
-    Si je comprends très bien ! Tu es comme tous les autres ! Des belles paroles, mais en définitive je suis toujours seule ! J’ai cru en toi !
-    Manon ce n’est pas ce que tu crois… Quand j’ai réalisé de quel monde tu venais …
Elle me fixe intensément et secoue la tête attristée.
-    C’est la seule chose que tu as retenu de nous ?…
J’arrive enfin à sa hauteur et lui tends la main.
-    NON ! Non…
Elle lève son bras vers moi puis à nouveau secoue la tête et saute.
-    MANONNNNNNNNNNNN
Sans réfléchir je me jette à sa suite et commence une chute sans fin. Quand j’arrive enfin dans l’eau j’en ai le souffle coupé. Malgré cela je n’ai qu’une idée en tête
« Il faut que je sauve Manon »

Je plonge pour retrouver son petit corps, encore et encore. Quand soudain je la vois. Je nage vers elle et la remonte à la surface. Mais une vague plus grosse que les autres nous projettent contre les falaises. Je m’arrange pour amortir le choc et préserver Manon. Le coup est rude est j’hurle de souffrance. L’eau en profite pour rentrer dans ma bouche et je suffoque. Mais ma rage de sauver celle que j’aime est telle que je parviens à lutter et la déposer sur la plage. Dans un dernier râle je m’assure qu’elle vit encore avant de perdre connaissance.

Chapitre 6

Par intermittence j’entends des sirènes hurler, plut tard des commentaires :
-    Mauvais état… On le perd…
Un choc violent à la poitrine, puis un deuxième :
-    Il revient… Comment vas la fille ?
La fille ? Manon ?
-    Meilleur état… Juste des équimoses à première vue…
Puis le trou noir, immense et bienfaiteur car, je ne ressens plus aucune douleur.
-    Non Calinio ! Ton heure n’est pas venue… Tu dois vivre.
J’ouvre les yeux et je souris à ma fée. Ma douce et tendre étoile.
-    Je suis mort ?
Son rire, léger, tinte à mes oreilles.
-    Non Calinio, tu es sur le pallier et je ne te laisserais pas franchir la porte. Tu dois retourner avec Manon. Elle a besoin de toi. Vous êtes liés tous les deux. Si tu meurs elle ne s’en remettra pas ? As-tu fais tout cela pour la voir dépérir ?
-    Je ne souhaite que son bonheur ! Vous le savez bien.
-    Alors, retourne toi et affronte ton destin mon enfant.
Sa bouche effleure mon front et je m’éveille brusquement. La douleur est partout. Mon corps brisé me fait souffrir. Je respire un grand coup avant d’ouvrir les yeux sur une chambre immaculée.
-    Calinio ? Oh Calinio mon frère que tu m’as fait peur. Dit la voix de Tino. Il se hâte d’appeler l’infirmière qui vient immédiatement m’examiner.
-    Et bien on veut faire les héros. Dit-elle en me souriant.
-    Comment… Dis-je en grimaçant de douleur.
-    La jeune fille va bien. Devine-t-elle en faisant un clin d’œil. Vous faites la une de tous les journaux ! Un héros sauve la fille du banquier ! Vous êtes célèbre !
-    Oui on ne parle que de toi Calinio ajoute Tino enthousiaste.
L’infirmière et Tino se mettent à parler ensemble. Leur dialogue se perd progressivement et je me rendors.


Chapitre 7

Deux jours… Deux jours que l’accident a eu lieu. Manon est rentrée chez elle. Et moi et bien … Un coup discret à ma porte interrompt mes pensées :
-    Oui ?
La porte s’ouvre doucement et je la vois. La pièce s’illumine d’un coup. Derrière elle, un homme plus âgé, son père. Il est assez connu pour que je reconnaisse immédiatement. Il est le premier à me prendre le bras et me serrer la main.
-    Jeune homme, je n’aurais jamais assez de mot pour vous remercier d’avoir sauvé celle qui compte tant pour moi.
Son regard est embué et il lutte pour ne pas montrer son émotion. Manon s’approche alors doucement et relève une de mes mèches. A son contact je frisonne.
-    Merci Monsieur.
-    Calinio est la personne la plus douce et la plus protectrice qui soit papa. Il compte énormément pour moi.
Il nous fixe tour à tour et fronce les sourcils avant de prononcer :
-    Mais pourquoi diable ne l’ai-je pas encore rencontré ? Aurais-tu honte de ton père ?
J’en ai le souffle coupé. C’est lui qui reproche à sa fille de ne pas m’avoir présenté alors qu’il est si important…
-    Calinio se sous-estime papa. Il estime que nous ne sommes pas du même milieu.
Je vois son père se mettre à rire. Il se lance dans le récit de sa vie. Il m’explique que fils d’ouvrier, il a gravi une a une les marches avant d’en arriver là. Et qu’il serait fier d’avoir un gendre capable de sauter à la mer pour sauver celle qui l’aime. Manon quant à elle prend tendrement ma main et me fixe. Après avoir fini de remémorer sa vie, il se lève et nous lance un clin d’œil.
-    Mes affaires m’appellent. Prenez soin de vous !
Après son départ, je lève mon regard vers Manon encore abasourdi par la tournure que prennent les évènements.
-    Tu as perdu ta langue ? La fée te l’as prise ?
-    Tu l’as vu ? Toi aussi tu l’as …
Elle éclate de rire avant d’ajouter :
-    Toutes ces nuits où elle est venue me réveiller… Je ne regrette pas son présent et toi Calinio ?
-    Non Manon, tu es la plus belle chose qu’elle m’a donnée, mais je ne veux plus jamais que tu agisses de la sorte !
Elle fait la moue :
-    A une seule condition !
-    Quoi donc ?
-    Que tu ne me quittes jamais !
-    Je tâcherais de m’y employer. Dis-je avant de sentir ses lèvres sur les miennes.

Un rire de fée tinta à nouveau à mes oreilles. Manon tourna la tête comme moi et sur le lit elle déposa un écrin où deux bagues merveilleuses y trônaient. Sur chacune d’elle était inscrit « pour la vie » Et c’est ce dont j’allais m’y employer.
-    Je t’aime Manon. Dis-je avant de lui glisser au doigt.
-    Moi aussi je t’aime Calinio dit-elle avant d’en faire de même. 

FIN

Dyane

5 commentaires:

  1. J'aime j'aime j'aime :D

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  2. Merci ma petite Rox :))) Bisous à toi !

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  3. Je viendrais tous les soirs lire la suite
    Bisous de Flocky

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  4. Merci Flocky c'est un plaisir de te lire !!!

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  5. ça commence bien... vivement la suite !!

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